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En 2024, alors que la demande mondiale pour des produits de la mer de qualité ne cesse de croître, la Tunisie, dotée d’un littoral méditerranéen stratégique, entend renforcer sa position sur les marchés local, régional et international. Toutefois, malgré une dynamique de croissance encourageante, les professionnels du secteur doivent faire face aux nombreux défis structurels.
La Presse — Selon les derniers rapports du ministère de l’Agriculture et de la direction générale de la pêche et de l’aquaculture, la production aquacole en Tunisie varie entre 21.000 et 22.000 tonnes, soit 13% de la production piscicole totale du pays. Parmi cette production, on estime que près de 15.000 tonnes concernent le poisson d’élevage, tandis que les crevettes et autres crustacés constituent le complément indispensable du secteur. L’essentiel des produits aquacoles est destiné à la consommation intérieure. Seulement 10 à 15 % de ces produits sont exportés vers les pays arabes et européens ainsi que vers le Canada.
Des systèmes
de production plus durables et innovants
Selon une déclaration du ministre de l’Agriculture, en novembre 2024, « la Tunisie, l’un des pays pionniers en matière d’aquaculture en Méditerranée, s’engage à développer davantage ce secteur et à assurer la durabilité des systèmes de production, notamment en mettant l’accent sur la recherche scientifique, les infrastructures et le renforcement des capacités des producteurs et des différents acteurs de ce secteur ». Toujours selon ses propos, notre pays entend encourager les investissements privés et promouvoir les relations régionales, internationales et académiques, afin d’accélérer la transition vers des systèmes de production plus durables et innovants, respectueux des écosystèmes aux différentes étapes de production. Le secteur, qui compte désormais une trentaine d’entreprises, est confronté à de nombreux défis comme les autres secteurs agricoles, car derrière ces indicateurs positifs se cachent des lacunes préoccupantes.
Obstacles structurels et problématiques environnementales
Un premier obstacle majeur réside dans la vétusté des infrastructures d’élevage.
Les professionnels de l’aquaculture font face à une infrastructure parfois vieillissante et inadaptée aux exigences technologiques actuelles. « De nombreux étangs, bassins et systèmes de recirculation de l’eau ont été conçus il y a plusieurs décennies et ne répondent plus aux exigences actuelles. Les installations présentent souvent des systèmes de filtration et de traitement de l’eau obsolètes, incapables de maintenir une qualité d’eau optimale face à l’augmentation de la densité des élevages », atteste Sadok, employé d’une firme aquacole. Selon plusieurs témoignages, la modernisation des équipements et des installations reste en fonction des besoins du secteur, limitant ainsi les gains de productivité.
Sadok nous fait savoir, également, que la qualité de l’eau constitue l’un des piliers de la réussite en aquaculture. Or, selon lui, « plusieurs exploitations tunisiennes peinent à maintenir des conditions optimales. L’augmentation de la densité de population dans les bassins augmente les rejets d’eaux usées et les résidus organiques, favorisant ainsi la prolifération d’algues et la dégradation de l’écosystème aquatique. Ce phénomène, connu sous le terme d’eutrophisation, conduit à une baisse de l’oxygène dissous, créant des conditions propices au développement de maladies et de pathogènes ».
Un autre frein important est l’insuffisance de coordination entre les acteurs institutionnels et les professionnels du secteur. La multiplicité des réglementations, souvent mal adaptées aux réalités du terrain, et le manque de partenariats stratégiques avec des centres de recherche diminuent l’efficacité des dispositifs de suivi et de contrôle. Par ailleurs, l’accès au financement demeure difficile pour de nombreux acteurs, freinant les investissements nécessaires à la compétitivité et à l’internationalisation des entreprises.
Le secteur de l’aquaculture tunisien doit composer avec des obstacles structurels qui freinent son développement et des problématiques environnementales qui remettent en question la durabilité de ses pratiques. Ces deux dimensions, étroitement imbriquées, appellent une réflexion approfondie afin de mettre en place des solutions adaptées.
Ce ne sont pas les idées qui manquent !
Face à ces défis, plusieurs remèdes pourraient être envisagés pour redynamiser le secteur de l’aquaculture en Tunisie et favoriser son accès aux marchés internationaux. La modernisation des infrastructures représente, sans doute, la pierre angulaire. La mise en place de systèmes de filtration performants, de technologies d’aquaponie et de solutions d’économie circulaire permettent d’optimiser l’utilisation des ressources et de réduire l’impact environnemental. En parallèle, il est crucial de faciliter l’accès aux financements par le biais de prêts à taux préférentiels, de subventions ciblées et de partenariats public-privé. Enfin, la création de clusters régionaux d’aquaculture pourrait favoriser une meilleure mutualisation des ressources et un échange accumulé d’expertises entre les acteurs du secteur. Ces clusters, en regroupant des entreprises, des instituts de recherche et des organismes de soutien, constituent un levier stratégique pour impulser l’innovation et améliorer les conditions de travail.
Si les acteurs publics et privés parviennent à instaurer un dialogue constructif et à mettre en œuvre ces réformes, l’aquaculture tunisienne pourrait se positionner comme un leader régional et un partenaire de choix sur la scène internationale.